
Le monde tourne, vite, très vite,et moi, un peu plus lent que d'habitude, je lui court après, par peur qu'il ne parte sans moi. Il tourne, encore et encore, inlassablement, éternellement, et nous, pauvres êtres vivants insipides, nous voyons le temps fuir, nous vieillissant, mais rajeunissant la belle nature. Notre sang séchera dans nos artères, il disparaitra, nourrissant quantité de champignons, tandis que nos fleuves couleront, encore et pour toujours, dans leurs lits, creusés lentement, avec patience, et dont la beauté ravira nos chère bambins.
Les temps changent, les gens aussi. Elle qui pense être devenue la reine des lettres, la maîtresse des règles de conjugaisons, ne soupçonne même pas à quel point nous avons changé, j'ai changé. Avec un peu de recul, je pense ne plus être tout à fait le même, être devenue plus censé, peut-être, mais moins drôle, sûrement. Le petit enfant gentil est devenu orgueilleux, la tête blonde aimable est devenue froid, la bonté de cet enfant aimant est devenue de l'indifférence. Mon imperméabilité aux autres, après en avoir prit un coup durant l'année, n'a finalement fait que de se renforcer, jusqu'à devenir infranchissable pour qui n'a pas les clefs. Des secrets bien gardés, pour sur, mais douloureux, parce qu'inaudibles. Ma bonne humeur est devenue amertume, et mon humour bon enfant spirituel. Mes airs de naïveté ont pris des rides, jusqu'à devenir des airs de mépris.
Et même si on entends parfois la rengaine insolente qui s'entête et qui répète, "je ne te quitterais pas", les gens partent, et même s'ils ne l'avouent pas, ils changent, parce que le temps fait grandir. Les envies changent, les désirs aussi. Les amis, les amours, les emmerdes, évoluent, prennent de l'ampleur, jusqu'à devenir oppressante. Nos journées s'allongent, mais on n'y trouve plus le temps de tout y faire. Nos larmes coulent, quelques soirs, lorsqu'un regard s'est détourné. On devient adulte, petit à petit, on apprend les choses de la vie. On comprend d'où viennent les vraies joies, les vraies peines. On se prend au jeu de l'avenir, on pronostique nos future vies, et nos chemins se séparent, sans qu'on puisse rien y faire. Certaines personnes disparaissent, petit à petit, et sans qu'on oublie leurs noms, on oublie pourquoi on les a tant aimés. On les revois, parfois, et nos coeurs se serrent, non pas parce qu'on repense à nos bons moments, mais parce qu'on se dit que l'on n'a plus rien en commun, et que l'eau qui a coulé sous les pont a emporté les quelques bribes de sentiment qui nous reliés encore. Et au fur et à mesure, on se perd, on s'espère, mais on s'égare, sans jamais savoir pourquoi nos chemins se sont séparés...
Seul, dans la nuit noire de ce moi de mai, le parfum des lilas et des iris dans les narines, le coeur meurtrit, les mains moites, les yeux embués. Seul, encore, parce que la raison a pris le pas sur la foi et le coeur. Les émotions se sont mélangées aux sentiments, jusqu'à devenir un bordel innommable, et mon cerveau a occulté le tout, pour ne plus rien avoir a faire. Les gens ont continué a se confier, et moi, toujours plus seul, j'ai attendu, entendu, sans jamais faillir, parce qu'on avait besoin de moi. Et puis, une nuit, les digues ont lâchées, laissant le désespoir s'engouffrer dans la brèche. La folie s'est emparée de mon corps, et l'a consumé. Le vide sous mes pieds s'est finalement rebouché, deux planches et deux clous, et l'affaire était pliés, jusqu'à ce que l'édifice ne soit encore ébranlé, par la dure révélation de la vérité. Et à nouveau, l'enfer s'est ouvert, et la lente chute a reprit. Ma lente agonie continue, et sous mes masques d'adolescent intouchable, l'âme souffre d'être seule, toujours seule, sans que rien ni personne ne sache la rassurer. L'avenir est déjà tracer, alors l'habitude a tuer le reste d'envie, et ainsi s'est enfuit les reste de vérités...




